La lecture du projet de loi pour l'Enseignement Supérieur et la recherche débutera ce 22 mai. Il s'agit d'une procédure parlementaire accélérée pour une réforme d'ampleur que le gouvernement semble manifestement vouloir faire passer de manière expéditive. Si les médias nationaux ne relatent que l'anecdotique question de la possibilité de formations en langue anglaise à l'université, le collectif de soutien à l'université de Savoie dénonce ce plan de restructuration sans précédent, dessinant le futur des universités selon un modèle de fonctionnement centraliste, anachronique et désincarné.

 

Communiqué du Collectif de soutien à l’Université de Savoie, le 20 mai 2013

 

Madame la Ministre,


Une coordination d’associations et de mouvements savoyards ont initié par internet une pétition pour alerter les parlementaires et la population sur la réforme des universités actuellement débattue à l’assemblée nationale. L’ensemble des associations signataires s’opposent à la volonté de recentralisation et de regroupement des universités à marche forcée (une par académie dans le cas qui nous préoccupe) ; selon ce texte, l’université de Savoie serait intégrée dans celle de Grenoble.


Nous avons besoin d'une université ancrée sur son territoire et dotée de sa pleine capacité d'initiative ! Les Pays de Savoie ne doivent pas devenir un désert universitaire sans université publique, livré à des formations privées aussi chères pour les familles que de qualité discutable pour les étudiants. Nous ne voulons pas d’une Université de Savoie «coquille vide», sans aucune capacité d'initiative, absorbée par plus gros qu'elle, sous le couvert d'une «communauté d'universités».

Il ne s’agit absolument pas d’une réaction « localiste » comme tentent de le dire ceux qui font avancer ce texte au Parlement.

Et ce que nous disons ici pour la Savoie est valable pour bien d'autres universités en France, dont les présidents et conseils ont fait connaître leurs inquiétudes. Le regroupement à marche forcée des établissements et les fusions des petites et moyennes Universités avec les plus grosses nous apparait comme une profonde erreur.

Cette réforme que vous défendez actuellement devant le parlement apparait comme un anachronisme dans le monde d’aujourd’hui. Voulez-vous que la France devienne le seul pays, avec Cuba, qui nie toute autonomie à ses universités ?
Les grands ensembles universitaires sont devenus des machines administratives et coûteuses, anonymes et désincarnées. Vous avez choisi de les remettre sous contrôle d’Etat.


L’université de SAVOIE, c’est :
13 000 étudiants dans deux départements ; deux écoles d’ingénieurs et de management ; deux IUT ; des facultés de lettres-langues-sciences humaines, de droit et de sciences ; le Centre national de formation des enseignants intervenant auprès des déficients sensoriels (CNFEDS), l'Institut national de l'énergie solaire (INES), l'Institut de la Montagne, 19 laboratoires de recherche.


Les résultats de l’Université de Savoie sont exemplaires ; notre Université est dans le haut des classements académiques, loin devant Grenoble et Lyon, tant pour les résultats des étudiants en licence (7e national et 2e Rhône-Alpes) et en master (16e national et 2e Rhône-Alpes) que pour les effectifs d’étudiants étrangers entrants.
L’université est un facteur fortement dynamisant pour un territoire : pour son activité économique, culturelle, intellectuelle, environnementale.


Les Pays de Savoie représentent un espace de vie en forte croissance démographique, excentré de Lyon et Grenoble, déjà largement sous-doté sur le plan universitaire.
La centralisation mène à la concentration de pouvoirs, mais pas à l'efficacité.
Aujourd’hui, le gouvernement reprend de la main droite ce qu’il avait accordé de la main gauche en organisant les assises de l’ESR à l’automne dernier. Pourtant, s’il est un domaine où l’autonomie libère la créativité, c’est le domaine de la recherche et de l’enseignement supérieur. A trop vouloir le normer, on en a fait un enseignement secondaire prolongé.


La démarche de centralisation des universités est non seulement une erreur stratégique majeure, c’est également une insulte à l’égalité des territoires, qu’on ne respecte plus. Le centralisme soit-disant égalitaire a accru les inégalités entre les territoires.
Le syndrome du classement de Shanghai est de même nature que le phénomène actuel des métropoles : une lubie.
HARVARD, classée première université au monde, ne compte que 20 000 étudiants !
La Suisse Romande compte 4 universités, une école polytechnique, plusieurs « hautes écoles » d'enseignement supérieur pour une population de 2 millions d'habitants. L'université de Genève (15 000 étudiants) est parmi les cent premières du classement de Shanghai.


L’université de Savoie, par sa souplesse et sa situation, a su nouer des rapports avec tous ses voisins européens (Suisse, Val d’Aoste, Piémont...). Bien que largement sous-dotée par l'Etat depuis ses débuts, elle est un modèle de l’Université territoriale.


L'université de Savoie serait parfaitement viable économiquement et cohérente dans sa gestion si la compétence régionale « enseignement supérieur et recherche » était déléguée à l'assemblée des Pays de Savoie ou à une région Savoie que nous appelons de nos vœux.


Le 20 mai 2013

Noël Communod, membre et porte-parole de la coordination de soutien à l'université de Savoie

Conseiller régional Rhône-Alpes et président du Mouvement Région Savoie

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